Edito
EN COUV' : On se demande souvent ce qui fait la longévité d’un musicien. Comment traverser les décennies, les modes et les tournées sans devenir sa propre caricature, ni s’enfermer dans une routine confortable ? La réponse tient probablement en deux mots : le mouvement perpétuel. Et s’il y a un artiste qui incarne cette idée avec une évidence absolue, c’est bien Tony Levin, qui occupe la une de ce nouveau numéro. C’est depuis une chambre d’hôtel au Chili, entre deux avions, que le bassiste s’est confié à nous. À bientôt 80 ans, il continue de sillonner le globe avec une fraîcheur d’esprit et une endurance qui forcent le respect. Qu’il redonne vie au répertoire complexe et cérébral du King Crimson des années 80 avec le supergroupe Beat ou qu’il enchaîne les sessions de studio, l’homme à la célèbre moustache refuse catégoriquement de jouer la carte de la nostalgie. Pour lui, le passé ne doit jamais être figé dans le formol ; il faut le secouer, le remodeler et l’actualiser en permanence. Cette curiosité insatiable est le véritable moteur de sa carrière. Mais ce qui fascine le plus chez Tony Levin, au-delà de ses innovations techniques comme l’utilisation précoce du Chapman Stick ou l’invention des fameux funk fingers, c’est son sens inné de la musicalité. Chez lui, la virtuosité n’est jamais une fin en soi, c’est un simple outil de travail. Prenez sa ligne de basse mythique sur « Don’t Give Up » de Peter Gabriel : ce n’est pas une démonstration de force, c’est un véritable battement de coeur. Une fondation solide et organique qui porte le morceau du début à la fin, enveloppe le chant et donne à la chanson sa couleur définitive. Levin nous rappelle constamment qu’un immense bassiste est avant tout quelqu’un qui écoute, qui s’adapte et qui se met au service exclusif de l’oeuvre collective. En studio comme sur scène, il est celui qui trouve l’espace juste, la fréquence idéale qui va lier la batterie à la mélodie sans jamais étouffer le reste. Cette boussole intérieure, cette envie de faire avancer la musique en s’adaptant à son environnement anime d’ailleurs l’ensemble des artistes que nous avons rencontrés ce mois-ci. L’héritage d’une approche au service de la chanson se retrouve chez Xavier Zolli, redoutable « Saint-Bernard du groove » capable de se fondre dans tous les styles avec une écoute de tous les instants. On le perçoit sur les scènes électriques, où le placement de Julia Lage (Smith / Kotzen) et le groove de Cerise Pouillart (HighWay) prouvent que l’énergie rock exige une assise sans faille. On le constate aussi quand Anis Jouini repousse les frontières du metal progressif en y intégrant des nuances orientales avec Myrath, ou lorsque Lauva s’affranchit du rôle traditionnel de la basse pour la faire chanter au coeur d’un projet solo intimiste. Quel que soit le style, tous partagent la même mission : refuser l’immobilité et faire vivre la musique.
Bonne lecture à toutes et à tous !
Numéro 121
7,90€
Description
12 / TONY LEVIN (BEAT)
L’éternel mouvement


