Edito
EN COUV' : N’avez-vous pas remarqué comme un sacré bug dans le système ? Nous ne l’avons pas vu venir, ou peut-être n’avons-nous pas voulu le voir, mais depuis un certain temps, ouvrir nos applis de streaming préférées s’apparente à un plongeon dans un film dystopique un brin flippant. Les IA génératives déversent chaque jour des torrents de morceaux prémâchés et formatés à base de Suno et consorts, programmés pour flatter les algos et essayer de caresser l’auditeur dans le sens du poil. Et le pire dans tout ça ? C’est que ça marche et que des millions de personnes s’enfilent sans broncher des playlists d’artistes fantômes entièrement façonnés par les data centers de la Silicon Valley et que ce business génère des montagnes de cash. Vous avez le seum ? C’est normal, nous aussi, et pas qu’un peu. Parce que vivre dans une société où même l’art, censé éveiller l’esprit et maintenir alerte, devient désincarné et piloté par des microprocesseurs, ça commence à sentir le contrôle de la pensée et des émotions à plein nez. Heureusement, une poignée de résistants parviennent encore à déjouer les stratégies funestes de la matrice et foncent à contre-courant en misant sur le 100 % bio, la créativité et l’imprévisibilité. Ce mois-ci, nous rendons hommage à l’un de ces pirates du groove qui fait exploser les barrières du conforme en imposant à la face du monde son univers unique, vibrant et organique. En couverture de ce numéro 122, nous ne sommes pas peu fiers d’accueillir Dywane Eric Thomas Jr. aka MonoNeon, génie de la basse et fer de lance d’une nouvelle génération de grooveurs qui refuse de rentrer dans le rang. Look de freak improbable avec accoutrements fluo et lunettes de ski, basse gauchère montée à l’envers, lignes de funk cosmiques et expérimentales… Le virtuose psychédélique de Memphis est un ovni total et l’exemple parfait du chaos créatif triomphant sur la froideur des machines. N’est-ce pas rassurant de voir qu’un électron libre aussi barré et authentique parvient à forcer les verrous du schmilblick et à cartonner, même à une échelle alternative, à l’instar des joyeux drilles québécois d’Angine de Poitrine qui ont fracassé les réseaux sociaux avec leur math rock dadaïste ? La preuve est faite : le public a encore faim de vibrations réelles et de folie pure. Alors, détendez-vous : tant qu’il y aura des cerveaux libres et bouillonnants pour faire vrombir bois et cordes, l’humanité n’aura pas dit son dernier mot.
Bonne lecture et très bel été à tous !
Numéro 122
7,90€
Description
12 / MONONEON
Hot en couleurs !



